L'accord préliminaire conclu vendredi entre Israël et le Liban, sous médiation américaine, a immédiatement fracturé l'opinion libanaise. Qualifié par ses partisans de moyen de réduire l'influence iranienne et de restaurer la souveraineté nationale, il est dénoncé par le Hezbollah et ses sympathisants comme une reddition pure et simple aux exigences israéliennes et américaines.

Des manifestants dans les rues de Beyrouth

Dès vendredi soir, des centaines de personnes, pour la plupart proches du Hezbollah, ont envahi les artères de la capitale. Brandissant les drapeaux jaunes de la formation chiite, ils ont bloqué des carrefours, brûlé des pneus et convergé vers le siège du gouvernement, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux et reprises par l'agence nationale d'information libanaise. "Nous condamnons et dénonçons fermement cet accord honteux", a déclaré Abbas Kassem, 30 ans, originaire de Blida, une localité du sud-Liban occupée par l'armée israélienne depuis plusieurs mois. "L'ennemi se voit accorder une liberté de mouvement et la possibilité de prendre toutes les décisions qu'il souhaite dans le Sud", a-t-il ajouté, exprimant l'une des principales critiques formulées à l'encontre du texte : l'absence de calendrier fixe pour le retrait israélien.

Un mécanisme de désarmement lié au retrait

Le "Cadre trilatéral" signé vendredi prévoit un dispositif de sécurité par étapes. L'armée libanaise doit progressivement prendre le contrôle de l'ensemble du territoire national, tandis que les groupes armés non étatiques, dont le Hezbollah, seront désarmés et leurs infrastructures militaires démantelées. En parallèle, les forces israéliennes doivent effectuer un retrait échelonné des zones qu'elles occupent au sud du Liban – une bande de plus de dix kilomètres pénétrant sur le territoire libanais, qu'elles tiennent depuis le début du mois de mars. L'accord prévoit deux "zones pilotes" pour le retrait initial, les autres secteurs étant déterminés ultérieurement d'un commun accord. Un groupe de coordination militaire, supervisé par les États-Unis, a également été institué.

Un lien direct avec les négociations américano-iraniennes

La guerre au Liban, qui dure depuis plus de trois mois, a déplacé plus d'un million de personnes et aggravé les crises économiques et politiques que traverse le pays. Elle a également menacé de faire dérailler les pourparlers plus larges entre Washington et Téhéran. Les responsables iraniens avaient en effet conditionné tout accord avec les États-Unis à un cessez-le-feu au Liban. Or, moins de vingt-quatre heures après la signature du cadre trilatéral, une frappe de drone israélienne a visé un carrefour dans le sud du pays, selon les autorités libanaises, illustrant la fragilité de la trêve sur le terrain.

Les critiques du Hezbollah et les craintes de guerre civile

Les députés du Hezbollah ont vivement critiqué l'entente. Ihab Hamadeh, membre du Parlement pour la formation, a qualifié l'accord d'"humiliant", accusant les autorités d'ouvrir la voie à une confrontation interne en subordonnant le retrait israélien au désarmement de son mouvement. Le Hezbollah a toujours refusé de déposer les armes, arguant de son rôle de résistance contre Israël. Des observateurs régionaux redoutent que la tentative de désarmement par l'armée libanaise ne déstabilise davantage le pays, voire ne déclenche une guerre civile.

Un équilibre diplomatique précaire

L'accord de vendredi est le résultat de multiples cycles de négociations entamés en avril entre Israël et le Liban, avec la médiation américaine. Il intervient alors que la situation sur le terrain demeure explosive. Les divisions apparues à Beyrouth reflètent la profonde polarisation de la société libanaise, prise entre le souhait de voir l'influence du Hezbollah réduite et la crainte d'une capitulation face à Israël. La mise en œuvre concrète du cadre trilatéral s'annonce semée d'embûches, alors que les armes continuent de parler dans le sud du pays.