L’Iran a officiellement conditionné la conclusion d’un accord de paix avec les États-Unis au retrait complet des forces israéliennes du Liban et à la cessation des hostilités dans le sud du pays. Cette exigence a été formulée par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, lors d’une conférence de presse tenue à Téhéran.
« Tout accord avec les États-Unis passe nécessairement par un arrêt immédiat et inconditionnel de l’agression israélienne contre le Liban et par le retrait de toutes les forces israéliennes du territoire libanais », a déclaré Esmaïl Baghaï. Il a également précisé que cette position avait été communiquée aux autorités américaines par l’intermédiaire du sultanat d’Oman, pays qui assure la médiation entre les deux parties.
Des négociations sous médiation omanaise
Les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis, qui se déroulent à Mascate, sont destinés à trouver une issue diplomatique au conflit qui oppose depuis plusieurs mois l’Iran et ses alliés régionaux à Israël et aux États-Unis. L’Iran avait déjà accepté le principe de ces discussions en mai dernier, par l’entremise d’Oman, après une série d’échanges de frappes entre Téhéran et Washington. L’administration américaine a confirmé la tenue de ces négociations, les qualifiant d’« exploratoires », mais sans en préciser le calendrier.
La médiation omanaise est un canal historique entre Téhéran et Washington, utilisé notamment lors des négociations sur le nucléaire iranien. Le sultan Haïtham ben Tariq a effectué une visite à Téhéran début juin pour relancer le dialogue.
Escalade militaire au Liban
Cette prise de position intervient dans un contexte de violences accrues au Liban. Israël a ordonné l’évacuation de 29 localités du sud du pays, accusant le Hezbollah d’avoir violé la trêve. L’armée israélienne a mené des frappes aériennes qui ont fait plusieurs victimes civiles, selon des sources libanaises. Le 16 juin, une frappe de drone israélienne a tué au moins quatre personnes dans la région de Nabatieh.
Les autorités libanaises dénoncent une escalade « inacceptable » et appellent la communauté internationale à intervenir. Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a exhorté les États-Unis à user de leur influence pour obtenir un cessez-le-feu. De son côté, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé que son mouvement ne déposera pas les armes tant que des troupes israéliennes seront présentes sur le sol libanais.
Un préalable à tout accord global
En liant la normalisation avec les États-Unis à la situation au Liban, Téhéran cherche à obtenir des garanties concrètes pour son allié libanais. Le Hezbollah, parti-milice chiite soutenu par l’Iran, est l’adversaire le plus direct d’Israël au Liban. Les responsables iraniens estiment que la sécurité de la frontière nord d’Israël ne peut être dissociée d’une solution politique régionale plus large.
Esmaïl Baghaï a précisé que cette condition ne se limite pas à une simple cessation des frappes, mais implique un retrait total des forces israéliennes et le respect de la souveraineté libanaise. Il a également menacé d’une « réponse sévère » en cas de poursuite des attaques israéliennes.
Réactions internationales
Les États-Unis n’ont pas officiellement réagi à cette condition iranienne. Toutefois, des responsables américains ont indiqué que toute discussion devait d’abord se concentrer sur la désescalade militaire et le retour au calme. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a réaffirmé le soutien de Washington à la sécurité d’Israël, tout en se disant ouvert à une « résolution diplomatique » du conflit.
La France, qui participe à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), a appelé à « la retenue et à la de-escalade ». Le coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a estimé que « la situation est extrêmement volatile et dangereuse ».
Perspectives
Les prochaines semaines seront cruciales pour l’avenir des relations irano-américaines et pour la sécurité au Liban. Si les négociations de Mascate aboutissent à un accord, cela pourrait ouvrir la voie à une normalisation plus large entre l’Iran et les États-Unis, incluant des discussions sur le programme nucléaire iranien et les sanctions. En revanche, un échec des pourparlers risque de précipiter une escalade militaire régionale aux conséquences imprévisibles.
L’Iran insiste sur le fait que la question libanaise est « un test de la crédibilité des Américains » et que tout accord qui ne réglerait pas ce point serait « inacceptable ». Le sort de la région semble désormais suspendu aux choix de Washington et de Téhéran.