Alors que de nombreuses entreprises accélèrent l'automatisation des tâches confiées aux jeunes recrues, un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT) estime que cette approche pourrait se révéler contre-productive à long terme. En supprimant les postes juniors, les firmes ne feraient pas seulement l'économie de salaires immédiats : elles compromettraient leur capacité à former les cadres de demain et à intégrer efficacement l'intelligence artificielle dans leurs processus.

Andrew McAfee, qui codirige l'Initiative sur l'économie numérique du MIT, explique que l'apprentissage des métiers complexes passe traditionnellement par une phase d'observation et d'assistance auprès de collaborateurs expérimentés. « Comment les gens apprendraient-ils à faire le travail autrement que par l'apprentissage en situation et la formation par le compagnonnage ? C'est ainsi que l'on maîtrise un travail intellectuel difficile : en aidant quelqu'un qui excelle dans ce domaine à gérer les tâches courantes. Si l'on introduit trop d'automatisation trop vite, on brise cette échelle d'apprentissage », a-t-il déclaré.

Une fracture générationnelle dans l'adoption de l'IA

Au-delà de la transmission des compétences traditionnelles, les jeunes salariés apportent un atout précieux dans la course à l'IA : une familiarité naturelle avec ces outils. Selon une étude de Deloitte publiée en novembre 2025, environ 76 % des membres de la génération Z déclarent utiliser un outil d'IA autonome, soit le taux le plus élevé de toutes les tranches d'âge. McAfee souligne que cette aisance technologique diminue avec l'âge. « Il existe un net déclin démographique. En vieillissant, les gens ont tendance à être plus ancrés dans leurs habitudes et moins enclins à essayer des nouveautés comme l'IA », observe-t-il.

Pour le chercheur, réduire le recrutement des débutants revient donc à couper l'apport des « utilisateurs les plus enthousiastes de l'IA » dans l'organisation. C'est un risque que les entreprises ne mesurent pas toujours quand elles cherchent à réaliser des gains de productivité immédiats.

Un marché du travail déjà tendu pour les jeunes diplômés

Les inquiétudes de McAfee font écho à une situation déjà délicate pour les nouveaux entrants sur le marché de l'emploi. La plateforme Handshake, spécialisée dans les offres destinées aux jeunes diplômés, fait état d'une baisse de 2 % des offres d'emploi sur un an, et d'un niveau inférieur de 12 % par rapport à la période antérieure à la pandémie. Simultanément, le taux de chômage des diplômés de l'enseignement supérieur âgés de 22 à 27 ans atteint 5,6 %, selon les données de la Réserve fédérale de New York.

Près de neuf diplômés sur dix de la promotion 2026 se disent préoccupés par le risque que l'IA ou l'automatisation ne remplace les postes d'entrée de gamme, selon le même rapport de Handshake. Cette anxiété contraste avec la confiance affichée par certaines directions qui misent sur la technologie pour réduire leurs effectifs juniors.

Un avertissement qui rejoint d'autres analyses

Cette mise en garde du MIT s'inscrit dans un débat plus large sur l'impact de l'IA sur l'emploi. Plusieurs études récentes divergent : certaines concluent que l'IA crée davantage d'emplois qu'elle n'en détruit, tandis que d'autres pointent une hausse du chômage dans les métiers exposés, notamment chez les 22-25 ans. La singularité de l'analyse de McAfee réside dans son angle : elle ne porte pas sur l'emploi global, mais sur les canaux de formation interne et l'avenir des compétences.

Les entreprises qui automatisent massivement les postes juniors pourraient ainsi se priver d'un avantage concurrentiel clé : l'agilité numérique de la génération Z, couplée à une transmission progressive des expertises métier. Un pari risqué à l'heure où l'intégration de l'IA devient un facteur de performance déterminant.