Alors que le bilan officiel des séismes qui ont frappé le Venezuela le mois dernier s'élève à 2 954 morts et que les opérations de secours internationaux se réduisent, une nouvelle donne émerge : la multiplication de sites internet destinés à recenser les personnes portées disparues. Lancés dans l'urgence par des développeurs basés à l'étranger, ces portails attirent l'attention des médias et de l'opposition, mais leurs données sont entachées d'incertitudes.
Moins de six heures après les secousses, une société technologique enregistrée en Floride, The Empire, a mis en ligne une plateforme baptisée Desaparecidos Terremoto Venezuela (Disparus Séisme Venezuela). Selon son responsable produits, Miguel Angel Rincon, basé à Bogotá, le site a reçu plus de 60 000 signalements dans les premières vingt-quatre heures. « Le besoin d'une telle plateforme était urgent et immédiat dès la première minute », a-t-il déclaré. L'équipe, composée de développeurs argentins et colombiens, a annulé ses projets personnels et sacrifié son sommeil pour créer cet outil en pensant à leurs collègues, proches et amis.
Une fiabilité mise en cause
Cependant, ces sites collaboratifs présentent des limites bien connues. Les mêmes personnes peuvent être signalées plusieurs fois par différents proches, et les opérateurs peinent à mettre à jour les listes lorsque des disparus sont retrouvés vivants ou identifiés parmi les défunts. Malgré ces défauts, les chiffres bruts de Desaparecidos Terremoto Venezuela ont été repris par des médias et des figures de l'opposition vénézuélienne comme preuve de l'ampleur de la catastrophe et des lacunes de la réponse gouvernementale. Dans les premiers jours, les autorités affirmaient que des centaines de personnes étaient piégées sous les décombres ou manquaient à l'appel.
Un bilan officiel contesté
Le gouvernement vénézuélien maintient son bilan de 2 954 morts, annoncé le 5 juillet, mais les familles de victimes ainsi que plusieurs organisations humanitaires estiment que ce nombre sous-estime la réalité. Les équipes de secours étrangères, notamment américaines et équatoriennes, ont mis fin à leurs opérations de recherche de survivants début juillet, invoquant l'épuisement et la faible probabilité de retrouver des personnes vivantes. Des répliques sismiques continuent par ailleurs de secouer la région, compliquant le travail des équipes locales.
Des plateformes entre espoir et controverse
L'initiative de The Empire n'est pas un cas isolé. D'autres sites, gérés par des particuliers ou des organisations, ont vu le jour, souvent sans coordination avec les autorités. Si ces outils offrent un espoir aux familles, ils alimentent aussi des controverses sur la fiabilité des données. Des critiques du gouvernement, citant ces listes, accusent les autorités d'avoir minimisé l'étendue du désastre. De leur côté, les responsables officiels rejettent ces allégations et appellent à ne pas utiliser des sources non vérifiées.
Alors que le Venezuela tente de se relever de cette catastrophe, la question du nombre exact de disparus reste ouverte, entre les chiffres officiels, les recensements citoyens et les incertitudes des décombres.