Oman monte au créneau à l'ONU

Le gouvernement omanais a officiellement déposé une objection auprès de l'Organisation des Nations unies contre toute tentative d'imposer des droits de transit dans le détroit d'Ormuz. Selon des sources diplomatiques, Mascate considère que de telles mesures, qu'elles émanent de Téhéran, de Washington ou d'acteurs privés, constituent une violation du droit international de la mer. Le sultanat argue que le détroit, large de 33 kilomètres en son point le plus étroit, relève d'un régime de passage en transit qui ne saurait être subordonné au paiement d'une taxe.

Cette démarche intervient alors que plusieurs propositions de péage ont émergé ces dernières semaines. L'Iran a officialisé un projet visant à facturer des « frais de service » aux navires empruntant la voie d'eau, tandis que le président américain Donald Trump a évoqué l'instauration d'une redevance de 20 % sur le fret pour couvrir les coûts de protection militaire. Le chef de l'État américain est toutefois revenu sur cette annonce quelques heures plus tard, lui préférant des « accords commerciaux et d'investissement » avec les monarchies du Golfe.

Un précédent jugé dangereux

L'opposition d'Oman repose sur le principe de liberté de navigation, consacré par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Le sultanat, qui partage une frontière maritime avec l'Iran dans la zone, estime que la création d'un péage établirait un précédent risquant de fragiliser d'autres détroits internationaux. Plusieurs analystes redoutent en effet que d'autres pays côtiers ne s'engagent sur la même voie pour des passages comme Bab el-Mandeb, Malacca ou Gibraltar.

« La reconnaissance d'un droit de contrôle sur Ormuz pourrait inciter d'autres États à réclamer des taxes sur des voies maritimes essentielles au commerce mondial », observent des experts cités dans la presse. Cette crainte était déjà exprimée par des responsables américains, qui jugeaient le projet iranien « inacceptable ». Le secrétaire d'État, Marco Rubio, avait précédemment exclu tout péage dans ce corridor.

Les positions iraniennes se durcissent

Téhéran a de son côté renforcé son emprise sur la zone. Le Corps des Gardiens de la révolution a averti que toute traversée non autorisée pourrait entraîner des représailles, et l'Iran a imposé aux navires une obligation d'assurance et d'enregistrement. La République islamique invoque des accords bilatéraux et des traités historiques pour justifier son autorité sur une partie des eaux, tout en rejetant un accord maritime de 1968 qui encadrait le partage de la zone.

La position iranienne s'est encore raidie après la rupture de la trêve avec les États-Unis et la reprise des frappes américaines, consécutives à des attaques contre des pétroliers. Selon des sources officielles, sept navires marchands ont été visés en une semaine, faisant plusieurs victimes. En représailles, Washington a annoncé le rétablissement du blocus naval des ports iraniens.

Le spectre d'une flambée des prix

Le détroit d'Ormuz voit transiter environ un quart du pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié mondiaux. La menace d'une fermeture ou d'une taxation a provoqué des fluctuations brutales des cours du brut. Le baril de Brent est brièvement monté à 87 dollars avant de redescendre à 81 dollars après l'abandon du projet de taxe américaine. Il reste toutefois très au-dessus du niveau d'avant les hostilités, autour de 72 dollars.

L'Iran, de son côté, menace de couper d'autres routes énergétiques, notamment Bab el-Mandeb, par l'intermédiaire de ses alliés houthis au Yémen. Les Gardiens de la révolution ont prévenu que « les exportations d'énergie régionales sont communes à tous, ou refusées à tous », laissant planer la menace d'un élargissement du conflit.

Quelle issue diplomatique ?

Dans ce contexte tendu, la saisine de l'ONU par Oman pourrait offrir une voie de sortie juridique. Le sultanat propose de négocier un accord multilatéral garantissant la liberté de navigation contre une participation financière des États utilisateurs à des fonds de développement régionaux, sans que cela prenne la forme d'un péage direct. L'initiative omanaise recueille un écho favorable auprès des Européens, qui jugent désormais inévitable une solution de partage des coûts de sécurisation du détroit.

Reste à savoir si Téhéran et Washington accepteront de s'asseoir à la même table. Les positions sont pour l'heure irréconciliables : l'Iran exige la reconnaissance de sa souveraineté sur une partie du passage, tandis que les États-Unis refusent toute concession qui légitimerait un contrôle iranien. La médiation d'Oman, seul pays à entretenir des relations à la fois avec Téhéran et Washington, pourrait s'avérer cruciale.