Alors que l’épisode de canicule se prolonge sur une grande partie du territoire, avec 53 départements toujours placés en vigilance orange par Météo-France, une conséquence longtemps sous-estimée prend une ampleur préoccupante : dans les logements les plus mal isolés – les « passoires thermiques » – la chaleur s’accumule au point de rendre l’intérieur plus étouffant que l’extérieur, même durant la nuit.

Ce phénomène, connu sous le nom de « nuits tropicales », se produit lorsque la température minimale nocturne ne descend pas en dessous de 20 °C, voire 25 °C dans les habitations dépourvues d’isolation performante. Les bâtiments construits avant les premières réglementations thermiques, souvent qualifiés de passoires thermiques, emmagasinent la chaleur de la journée et la restituent lentement, empêchant tout rafraîchissement pendant la nuit. Dans ces logements, l’air intérieur peut devenir plus chaud que l’air extérieur, créant des conditions de vie difficiles, voire dangereuses pour les personnes fragiles.

Un défi sanitaire aggravé par la précarité énergétique

Les occupants de ces logements, souvent en situation de précarité énergétique, sont les plus exposés. L’absence de ventilation efficace et l’impossibilité d’installer des systèmes de climatisation – coûteux et énergivores – les contraignent à des solutions de fortune. Des dispositifs à moindre coût, comme les rafraîchisseurs d’air ou les films anti-chaleur à poser sur les fenêtres, sont proposés par certains professionnels pour atténuer la surchauffe. Toutefois, ces solutions restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.

Paris, où une pointe de 36 à 37 °C est attendue, illustre particulièrement ce problème. La capitale compte une proportion élevée de logements anciens, dont une part significative est classée F ou G sur le diagnostic de performance énergétique (DPE). Dans ces immeubles, les températures nocturnes peuvent rester supérieures à 25 °C, privant les habitants du répit nécessaire à la récupération physiologique.

Des recommandations sanitaires rappelées

Les autorités sanitaires rappellent les gestes essentiels à adopter : fermer les volets et les fenêtres en journée pour limiter l’entrée de chaleur, les ouvrir largement la nuit pour favoriser la ventilation traversante, et utiliser des ventilateurs avec précaution (ils peuvent aggraver la déshydratation en brassant de l’air chaud en l’absence de courant d’air). Il est également conseillé de se rendre dans des lieux climatisés publics (bibliothèques, centres commerciaux, piscines) aux heures les plus chaudes.

Les enjeux de la rénovation thermique

Au-delà de l’urgence immédiate, cet épisode de canicule ravive le débat sur la rénovation énergétique du parc immobilier. Les associations de consommateurs et les professionnels du bâtiment soulignent que l’isolation par l’extérieur, les protections solaires passives et la végétalisation des toitures sont des solutions durables pour prévenir la surchauffe estivale. Alors que la réglementation environnementale (RE 2020) impose désormais une prise en compte du confort d’été dans les constructions neuves, le parc ancien reste le maillon faible. Le gouvernement a annoncé des aides accrues via MaPrimeRénov’, mais leur déploiement est jugé trop lent par les acteurs de terrain.

En attendant, les 53 départements en vigilance orange – et leurs habitants – subissent de plein fouet les conséquences de cette canicule précoce, qui pourrait devenir plus fréquente avec le réchauffement climatique.