Un nouveau tournant dans le conflit américano-iranien

Moins de deux semaines après la reprise des hostilités autour du détroit d'Ormuz, l'administration Trump a franchi un nouveau palier dans l'escalade. Le président des États-Unis a annoncé le rétablissement d'un blocus naval visant les ports iraniens, couplé à l'instauration d'une taxe de 20 % sur la valeur de toutes les cargaisons transitant par le détroit. Cette décision, officialisée le 13 juillet, marque un durcissement significatif de la stratégie américaine dans la région.

Dans un message publié sur son réseau Truth Social, Donald Trump a proclamé que les États-Unis seraient « désormais connus sous le nom de Gardiens du détroit d'Ormuz ». Cette déclaration intervient alors que les affrontements se sont intensifiés ces derniers jours, avec des frappes américaines ciblant les infrastructures iraniennes sur l'île de Bandar Abbas et des tirs de riposte de Téhéran contre des bases utilisées par Washington dans le Golfe. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a tenté de maintenir une fenêtre diplomatique, affirmant que le président restait « toujours ouvert à la diplomatie », tout en précisant que les Iraniens ont « fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord ».

Une mesure controversée et contestée

La proposition d'une redevance de 20 % sur les cargaisons a immédiatement suscité une vive polémique. Qualifiée d'« exorbitante, illégale et impraticable » par plusieurs observateurs, elle a provoqué un tollé, y compris au sein du parti républicain. Face à ces critiques, Donald Trump a rapidement infléchi sa position, évoquant désormais des investissements « massifs » que les pays du Golfe devraient réaliser aux États-Unis, une manière de contourner l'impopularité du péage direct.

Du côté iranien, la réaction ne s'est pas fait attendre. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a répliqué sur X en affirmant que « L'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours ». Le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï, avait déjà prévenu que le détroit d'Ormuz était « plus important que des dizaines de bombes atomiques », soulignant la détermination de Téhéran à ne pas céder le contrôle de ce passage stratégique.

Des conséquences économiques mondiales

Alors que le trafic maritime s'est effondré, le prix du pétrole Brent est reparti à la hausse, faisant craindre un choc énergétique mondial. L'annonce du blocus et du péage a provoqué une flambée des cours, qui se traduira rapidement par une augmentation des prix à la pompe aux États-Unis, à quelques mois des élections de mi-mandat. L'inflation, bien qu'en ralentissement en juin, risque d'être ravivée par cette nouvelle tension.

La Chine et le Pakistan ont appelé les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont exprimés le 16 juillet, mais leurs appels semblent pour l'heure sans effet sur le terrain, où les hostilités se poursuivent.

Un bras de fer militaire et politique

La reprise des combats, déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains, avait connu une trêve fragile en avril, avant de reprendre avec une vigueur inédite. Les frappes américaines ciblent désormais les systèmes militaires qui confèrent à l'Iran une main de fer sur le détroit, tandis que Téhéran multiplie les attaques contre les navires dans le Golfe.

L'option militaire est jugée « illusoire » par plusieurs experts, qui estiment que le contrôle d'un point de passage vital produit des effets comparables à ceux d'une arme de destruction massive. En menaçant de bloquer le détroit, l'Iran rappelle qu'à l'ère de la mondialisation, la maîtrise des flux peut devenir une arme de coercition redoutable.

Le dispositif américain pour contrôler le passage dans le détroit d'Ormuz a été renforcé, avec des navires de guerre et des drones navals déployés dans la zone. L'armée américaine a annoncé avoir tiré sur un navire qui tentait de forcer le blocus, illustrant la détermination des deux camps à ne pas céder. Alors que la situation s'enlise, certains médias américains évoquent désormais le « bourbier iranien » dans lequel serait empêtré Donald Trump.