Lundi, un rassemblement s'est tenu devant le tribunal judiciaire d'Auch, à l'appel de militantes féministes. Les participantes entendaient protester contre les conclusions d'une mission d'inspection administrative qui a mis au jour des manquements dans la prise en charge de la plainte déposée par la famille de Lyhanna, avant que l'enfant ne soit assassinée.

Ce mouvement intervient alors qu'un substitut du parquet d'Auch est visé par une procédure disciplinaire. Selon les informations disponibles, ce magistrat se verrait reprocher des « défaillances graves » dans le suivi du dossier. La procédure a été engagée par l'autorité judiciaire compétente, sans que son identité ni la nature exacte des griefs n'aient été rendues publiques à ce stade.

Le rapport d'inspection, dont les conclusions ont été rendues publiques la semaine dernière, pointait des « erreurs humaines » et des « dysfonctionnements » dans le traitement de la plainte. Il évoquait notamment un défaut d'évaluation du danger encouru par la fillette, ainsi qu'une absence de mesures de protection malgré des signalements antérieurs.

Un drame qui interroge la protection de l'enfance

Lyhanna, âgée de 9 ans, avait disparu en mai dernier. Son corps avait été retrouvé quelques jours plus tard. L'homme mis en cause, un proche de la famille, a été mis en examen pour meurtre et viol sur mineur. Avant les faits, la mère de l'enfant avait déposé une plainte pour des soupçons d'abus sexuels, mais celle-ci n'avait pas donné lieu à des mesures de protection immédiates.

L'émotion suscitée par cette affaire a provoqué une vague d'indignation dans l'opinion publique et chez les associations de défense des droits des enfants. Plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une réforme en profondeur du système judiciaire et une meilleure formation des magistrats et des forces de l'ordre au recueil de la parole de l'enfant.

Des réactions politiques contrastées

Sur le plan politique, les réactions n'ont pas tardé. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s'est dite favorable à la création d'une commission d'enquête parlementaire. La députée Marion Maréchal a pour sa part dénoncé une « faillite systémique » de la justice. À l'inverse, le Conseil supérieur de la magistrature a mis en garde contre une « instrumentalisation » politique de l'affaire et a annoncé sa propre mission d'inspection.

Le garde des Sceaux, interrogé sur le sujet, a reconnu un « dysfonctionnement global » et un « constat d'échec », tout en promettant des mesures correctives. L'avocat de la famille de Lyhanna a qualifié les annonces gouvernementales de « poudre de perlimpinpin », estimant que seuls des moyens supplémentaires permettraient d'éviter qu'un tel drame ne se reproduise.

Le combat des associations se poursuit

Lors du rassemblement de lundi, les militantes ont brandi des pancartes portant le slogan « Lyhanna n'est pas une exception ! », pour souligner que de nombreux enfants sont encore victimes de violences sans que la justice ne parvienne à les protéger. Elles ont appelé à une prise de conscience collective et à des actions concrètes, notamment en matière de prévention et de suivi des signalements.

La procédure disciplinaire engagée contre le substitut du parquet d'Auch constitue une première réponse institutionnelle aux manquements identifiés. Reste à savoir si elle sera suivie d'autres mesures, alors que la famille de Lyhanna et les associations attendent des actes forts pour que ce drame ne reste pas lettre morte.