Le drame de Lyhanna continue de susciter une vive émotion dans l’opinion publique et relance le débat sur la protection de l’enfance en France. Dans ce contexte, plusieurs associations du secteur dénoncent, comme elles le font depuis des années, les délais judiciaires et les défaillances dans la conduite des enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs.

Une critique qui dépasse le cas individuel

Interrogée sur les dysfonctionnements mis en lumière par cette affaire, Michèle Creoff, secrétaire générale de l’association Face à l’inceste, estime que « la question de l’enfance n’est pas prioritaire dans les politiques publiques ». Selon elle, la seule existence d’une loi, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira pas à endiguer les violences faites aux enfants. « Il faut qu’elle soit accompagnée d’une volonté politique forte », insiste-t-elle.

Ses propos interviennent alors que le ministère de la Justice a lui-même reconnu, dans des communications officielles, un « dysfonctionnement global » et un « constat d’échec » dans le suivi de certaines affaires. Ces aveux, rares de la part de l’institution judiciaire, ont renforcé la colère des associations qui réclament depuis longtemps des moyens humains et financiers supplémentaires pour les services chargés de la protection de l’enfance.

Une procureure mise en cause

Parallèlement, une source gouvernementale a mis en cause la procureure d’Auch dans le déroulement de l’enquête préalable à la disparition de Lyhanna. Cette mise en cause, rapportée par plusieurs canaux, alimente les interrogations sur les délais de traitement et les décisions prises en amont du drame. La magistrate n’a pas, à ce stade, réagi publiquement à ces accusations.

Pour les associations, cette affaire illustre un problème systémique : le manque de coordination entre les différents acteurs – justice, police, services sociaux – et l’insuffisance des moyens alloués à la protection de l’enfance. « On ne peut pas continuer à pleurer les enfants morts sans tirer les conséquences structurelles », déclare une représentante d’une autre organisation du secteur, sous couvert d’anonymat.

Des pistes de réforme

Face à l’émotion publique, plusieurs voix s’élèvent pour demander une réforme en profondeur du système. Parmi les propositions avancées : la création d’un parquet spécialisé dans les violences intrafamiliales, le renforcement des effectifs des brigades de protection des mineurs, ou encore la mise en place d’un contrôle indépendant des décisions judiciaires dans les affaires sensibles.

Le gouvernement, de son côté, a promis un plan d’action, mais les associations restent vigilantes. « Nous avons entendu trop de belles paroles sans suite », prévient Michèle Creoff, qui appelle à des actes concrets et à une réelle priorisation budgétaire en faveur de l’enfance.

Une mobilisation citoyenne

En parallèle, une pétition en ligne a recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures, exigeant « justice pour Lyhanna » et la mise en place de mesures immédiates pour protéger les enfants. Des rassemblements sont également prévus dans plusieurs villes françaises dans les prochains jours.

Ce regain de mobilisation rappelle que chaque drame ravive la colère d’une société qui estime que les promesses politiques ne sont pas suivies d’effets. Pour les associations, le temps de l’indignation doit désormais laisser place à celui de l’action.