Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a vivement réagi aux prises de position publiques du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, dans le cadre de l'affaire Lyhanna. Dans un communiqué, l'organe de déontologie estime que les responsables politiques instrumentalisent ce dossier à des fins politiciennes, avant même que la justice n'ait achevé son travail.
Selon des informations concordantes, le garde des Sceaux aurait déclaré, en début de semaine, que l'affaire Lyhanna révélait un « dysfonctionnement global » et un « constat d'échec » de l'institution judiciaire. Ces propos ont provoqué la colère des magistrats, qui y voient une violation du principe de séparation des pouvoirs et une pression sur les enquêteurs en cours.
Le CSM dénonce une « instrumentalisation » de la procédure et rappelle que toute évaluation critique doit être fondée sur des faits établis, non sur des impressions ou des nécessités politiques. L'instance souligne que les investigations ne sont pas closes et qu'il convient de laisser la justice agir sereinement.
Une mission d'inspection du tribunal judiciaire d'Auch a été annoncée. Elle sera conduite par des inspecteurs de la Justice et devrait examiner les conditions dans lesquelles les signalements concernant Lyhanna ont été traités. Cette mission a pour objectif de déterminer d'éventuelles défaillances dans le fonctionnement du parquet et du siège.
La disparition et le meutre de la fillette, âgée de 8 ans, ont suscité une vive émotion dans l'opinion publique. Le corps de l'enfant a été retrouvé dans un bois, près de son domicile, plusieurs jours après qu'elle avait été signalée disparue. Un homme a été mis en examen pour assassinat et écroué.
Les associations de protection de l'enfance se sont également indignées. Elles estiment que le système judiciaire n'a pas su protéger Lyhanna, malgré des signalements antérieurs. Plusieurs voix réclament une réforme en profondeur du traitement judiciaire des violences faites aux enfants.
Le ministère de la Justice, de son côté, assume son rôle de pilotage et a promis des « actes » après les conclusions de l'inspection. Gérald Darmanin a reçu les familles des victimes et a annoncé des mesures de formation pour les forces de l'ordre et les magistrats chargés de recueillir la parole des enfants.
La polémique politique prend de l'ampleur. La députée européenne Marion Maréchal a dénoncé un manque de formation des policiers et des gendarmes dans ce domaine. Elle a appelé à un renforcement des moyens alloués à la protection de l'enfance. Le CSM, lui, appelle à « l'apaisement » et au respect de l'indépendance de la justice.
L'affaire Lyhanna met en lumière les tensions récurrentes entre l'exécutif et le pouvoir judiciaire. Le communiqué du CSM est perçu comme une mise en garde sévère adressée au gouvernement. L'instance supérieure de la magistrature rappelle que sa mission est de garantir l'indépendance des juges et de veiller à la déontologie de la profession.
Le parquet d'Auch, dirigé par la procureure de la République, est particulièrement sous le feu des critiques. Celle-ci a été mise en cause par des sources gouvernementales pour avoir sous-estimé la gravité des faits. Le procureur général de la cour d'appel d'Agen a été saisi pour évaluer son action.
La mission d'inspection devrait rendre ses conclusions dans les prochaines semaines. Elle examinera notamment le parcours judiciaire de l'affaire, les délais de traitement et la coordination entre les services. Le rapport devrait être rendu public.
En attendant, la famille de Lyhanna, soutenue par des avocats, a déposé une plainte contre X pour « non-assistance à personne en danger » et « homicide involontaire ». Elle estime que les autorités auraient dû agir plus tôt pour sauver l'enfant. L'enquête se poursuit sous l'autorité d'un juge d'instruction.