Le gouvernement iranien a pris ses distances avec les annonces du président américain Donald Trump, qui avait déclaré qu'un accord de paix était sur le point d'être conclu et qu'un mémorandum d'entente pourrait être signé dès ce week-end en Europe. Les autorités de Téhéran reconnaissent qu'une large partie des négociations a abouti, mais précisent qu'aucune décision finale n'a encore été prise.

Des négociations en cours, mais pas de document signé

Selon des sources proches des discussions, les pourparlers indirects entre les deux pays ont permis de surmonter plusieurs points de blocage majeurs. Un émissaire iranien a confié que « 90 % du contenu de l'accord est arrêté », mais a insisté sur le fait que le protocole n'était pas encore paraphé. La déclaration de M. Trump, qui a parlé d'un accord « imminent », a donc été accueillie avec prudence à Téhéran.

Le président américain avait annulé des frappes aériennes prévues contre des cibles iraniennes, un revirement qui a été interprété comme un signe de progrès diplomatique. Pourtant, les responsables iraniens soulignent que les discussions se poursuivent et que des consultations supplémentaires sont nécessaires avant toute signature.

Un contexte de défiance réciproque

Les analystes estiment que ce décalage reflète la méfiance profonde qui persiste entre les deux camps. Dania Thafer, directrice exécutive du forum Gulf International Forum, a estimé que « les deux parties ont intérêt à montrer qu'elles avancent, mais aucun des deux ne veut donner l'impression de céder sous la pression ». Pour elle, la sortie du président iranien est une manière de reprendre la main sur le récit.

Barbara Slavin, chercheuse distinguée au Stimson Center, a souligné que « la fenêtre diplomatique reste ouverte, mais qu'elle est fragile ». Elle a rappelé que les précédentes tentatives de négociations ont échoué en raison de désaccords sur la vérification et les calendriers.

Un enjeu régional et intérieur

Au-delà du face-à-face avec Washington, Téhéran doit composer avec une opinion publique et des factions politiques qui restent très hostiles à tout compromis perçu comme une capitulation. Plusieurs responsables conservateurs ont rappelé que la Constitution iranienne interdit toute négociation directe avec les États-Unis sous certaines conditions.

De son côté, Donald Trump fait face à une opposition croissante au Congrès, où des parlementaires démocrates et républicains s'interrogent sur la légalité d'une guerre non autorisée. Les frappes annulées avaient été prévues après une série d'attaques contre des navires en mer Rouge.

Des divergences de calendrier

Si un accord devait être signé, il inclurait probablement un cessez-le-feu, des garanties sur le programme nucléaire iranien et des mesures de désescalade régionale. Mais le timing précis reste flou, les deux capitales adoptant des positions publiques différentes.

Foad Izadi, professeur à l'université de Téhéran, a estimé que « le peuple iranien est fatigué de la guerre et des sanctions, mais il n'acceptera pas un accord dicté par les États-Unis ». Il a ajouté que la balle est désormais dans le camp de Washington, qui doit prouver sa bonne foi en levant certaines sanctions.

En attendant, les populations des deux côtés du Golfe restent dans l'expectative, espérant que cette fois-ci, contrairement aux épisodes précédents, les paroles se traduiront par des actes.