Les discussions entre l'Iran et les États-Unis connaissent un nouvel accès de fièvre. Alors que Washington a considérablement durci ses conditions ces derniers jours — exigeant notamment une renonciation totale et vérifiable à tout programme nucléaire — Téhéran a répliqué en menaçant de franchir un nouveau palier dans son enrichissement d'uranium. Les autorités iraniennes ont fait savoir, par la voix de leur ministère des Affaires étrangères, qu'elles pourraient « dans les prochains jours » augmenter la capacité de leurs centrifugeuses si les exigences américaines n'étaient pas revues à la baisse. Aucune précision chiffrée n'a été fournie, mais cette menace intervient après que les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique ont rapporté que le seuil de pureté de 60 % était désormais régulièrement atteint, une marche technique jugée proche du niveau militaire.
De l'autre côté, la Maison-Blanche maintient une ligne inflexible. Le président Donald Trump a réaffirmé que son administration ne tolérerait « aucune capacité iranienne à produire une arme nucléaire », même sous forme d'activité civile duale. Il a en outre annoncé qu'il « aimerait rencontrer » le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, une déclaration qui marque une inflexion tactique notable après plusieurs semaines de menaces de frappes préventives. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a pour sa part estimé que le guide suprême est « vivant et de plus en plus impliqué » dans la direction de la République islamique, ce qui laisse entendre que Washington le considère désormais comme un interlocuteur potentiel, malgré les sanctions personnelles qui pèsent sur lui.
Un jeu de posture aux enjeux élevés Ces signaux contradictoires — fermeté sur le fond, ouverture sur la forme — traduisent une phase de test mutuel. Les négociations indirectes, menées via des médiateurs européens et qataris, ont achoppé sur le refus américain d'accepter un programme iranien limité à 3,67 % d'enrichissement, même sous supervision renforcée. Téhéran, de son côté, rejette toute renégociation du cadre de l'accord de 2015, qu'il estime caduc depuis le retrait américain de 2018, et exige la levée préalable de toutes les sanctions. Les experts redoutent que la fenêtre diplomatique ne se referme : l'Iran disposerait déjà, selon plusieurs estimations, de la matière fissile nécessaire à une éventuelle arme, même s'il n'a pas encore franchi le pas de l'assemblage.
La communauté internationale en alerte Plusieurs capitales européennes ont appelé les deux parties à la retenue. Paris et Berlin ont proposé une feuille de route progressive qui lierait levée graduelle des sanctions et gel des activités sensibles, mais Washington a jusqu'ici rejeté ce cadre, le jugeant trop favorable à l'Iran. Téhéran menace désormais de ne plus coopérer avec les inspecteurs de l'AIEA si aucune avancée n'intervient avant la fin du mois, ce qui rendrait aveugle toute vérification future. La Russie et la Chine, qui entretiennent des relations économiques avec l'Iran, ont mis en garde contre toute « escalade incontrôlée » et plaident pour un retour au multilatéralisme.
Un calendrier sous tension La situation pourrait évoluer rapidement. Donald Trump évoque une « très courte fenêtre » pour un accord, tandis que Téhéran multiplie les exercices militaires dans le détroit d'Ormuz. Les prochains jours seront décisifs : soit une rencontre de haut niveau, peut-être entre le président américain et le guide suprême iranien, soit une escalade aux conséquences régionales imprévisibles. En coulisses, Oman et le Qatar intensifient leurs efforts de médiation, mais aucun terrain d'entente n'a encore émergé.