Nouvelles révélations sur le traitement des plaintes

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé ce lundi 22 juin l'ouverture d'une enquête administrative concernant le parquet d'Auch, dans le Gers. Cette décision fait suite au décès de la jeune Lyhanna, dont le principal suspect, le père du footballeur Jérôme Barella, avait fait l'objet de plaintes pour violences sexuelles qui n'avaient pas été traitées avec la diligence requise.

Selon les informations communiquées par le garde des Sceaux, les investigations porteront sur les dysfonctionnements ayant conduit à l'absence de suivi des signalements. Le rapport d'inspection remis la semaine dernière avait déjà pointé des « pertes de temps » et une « absence de suivi » dans le traitement des plaintes déposées contre le principal suspect.

Un bilan chiffré des interpellations

Interrogé sur les mesures prises depuis la révélation de l'affaire, Gérald Darmanin a également fourni un bilan provisoire des actions engagées par les parquets. Depuis le 1er juin, 1 243 gardes à vue ont été réalisées pour des atteintes sexuelles sur des mineurs. Ce chiffre, inédit par son ampleur sur une période aussi courte, traduit l'intensification de la réponse judiciaire à la suite du drame.

Ce bilan intervient alors que le ministre avait ordonné, dès le 5 juin, le réexamen d'environ 70 000 plaintes impliquant des mineurs, avec pour échéance le 14 juillet. La revue de ces procédures se poursuit dans les juridictions.

Réactions contrastées dans le monde judiciaire

Les annonces du garde des Sceaux suscitent des réactions partagées. L'avocat Mourad Battikh, qui défend des victimes présumées du père de Jérôme Barella, a estimé que Gérald Darmanin aurait dû démissionner. Il a jugé que sa responsabilité était engagée dans les manquements constatés.

De leur côté, les syndicats de magistrats avaient déjà critiqué l'opération de réexamen des plaintes, la qualifiant « d'opération de communication » et non d'une réforme structurelle de fond.

Le contexte de l'affaire

L'affaire Lyhanna a provoqué une onde de choc dans l'opinion et au sein de la classe politique. La jeune fille avait été victime de violences, et le principal suspect, qui avait déjà été signalé par plusieurs plaignantes, n'avait pas été interpellé en dépit des plaintes déposées. Gérald Darmanin avait reconnu un « échec » dans le suivi des plaintes et présenté ses excuses à la famille.

Une circulaire ministérielle datant de plusieurs mois, qui imposait une priorité absolue aux enfants victimes, n'avait pas été respectée par la procureure d'Auch. Le chef de l'État et le Premier ministre avaient été informés des dysfonctionnements.

Les enjeux à venir

L'enquête administrative qui débute devra déterminer avec précision les responsabilités individuelles et collectives au sein du parquet d'Auch. Des sanctions pourraient être prises à l'encontre des magistrats et personnels ayant failli à leurs obligations.

Parallèlement, le garde des Sceaux a adressé un courrier aux magistrats pour défendre leur indépendance tout en les appelant à leurs responsabilités. Ce courrier a été perçu comme une mise en garde, certains y voyant une tentative de pression sur le corps judiciaire.

Le gouvernement entend, à travers ces annonces, répondre à l'émotion suscitée par le drame et tenter de restaurer la confiance des citoyens dans l'institution judiciaire.