Un vote défavorable

Le projet de loi sur la justice criminelle présenté par Gérald Darmanin a été rejeté mercredi en commission des Lois à l'Assemblée nationale. Avec 18 voix contre et 16 pour, l'ensemble des députés de gauche a voté contre, tandis que le Rassemblement national s'est abstenu. Ce rejet constitue un revers notable pour le garde des Sceaux, déjà sous pression en raison de l'affaire Lyhanna.

Le texte, qui prévoit notamment un dispositif controversé de « plaider-coupable », devait être débattu dans l'hémicycle à la fin du mois. Il sera donc examiné dans sa version adoptée par le Sénat, sans les modifications éventuelles de la commission. Ce scrutin présage d'une majorité difficile à réunir pour le gouvernement lors des discussions en séance publique.

Un contexte politique tendu

Ce camouflet intervient alors que Gérald Darmanin fait face à des appels à la démission après la mort de Lyhanna, une adolescente victime de violences. Le ministre avait reconnu un « dysfonctionnement grave » dans le suivi des plaintes et ordonné le réexamen de 70 000 dossiers impliquant des mineurs. Des rassemblements ont eu lieu devant le ministère de la Justice, où des personnalités publiques ont scandé « Darmanin démission ».

Interrogé mardi soir sur son avenir, le garde des Sceaux a confié avoir « évidemment pensé » à quitter ses fonctions, mais a estimé que « ce ne serait pas une bonne chose de déstabiliser le ministère ». Dans une voix qu'il a décrite comme épuisée, il a ajouté qu'il ne dormait pas bien depuis plusieurs jours.

Une popularité en berne

Selon un sondage réalisé début juin, 28 % des Français attribuaient une image positive au ministre, qui était jusqu'alors le membre le plus populaire du gouvernement. La polémique autour de l'affaire Lyhanna a altéré cette perception et a fait déborder le débat dans l'arène politique.

Des conséquences pour l'avenir politique

Gérald Darmanin, ancien maire de Tourcoing, doit prendre dans les prochaines semaines une décision quant à une éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2027. Il a indiqué qu'il se déterminerait « en fonction du seul intérêt du pays ». Ce nouveau revers parlementaire pourrait peser dans cette réflexion, alors que le ministre est pris entre une opinion publique éruptive, une classe politique éclatée et une institution judiciaire chauffée à blanc.

Le rejet du projet de loi illustre les difficultés du gouvernement à rassembler une majorité cohérente, dans un climat politique déjà fragilisé par l'affaire Lyhanna et les dysfonctionnements qu'elle a révélés.