L'affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion dans le pays, connaît un rebondissement judiciaire. Selon des informations concordantes, la circulaire ministérielle qui prévoit une prise en charge prioritaire des mineurs victimes au sein des parquets n'a pas été respectée par la procureure de la République d'Auch. Ce document, destiné à garantir une réponse pénale rapide et adaptée aux enfants en danger, n'aurait pas été appliqué dans le traitement du signalement concernant l'adolescente disparue.
Cette révélation intervient alors que le chef du gouvernement a convoqué les ministres chargés de la Justice et de l'Intérieur. Cette réunion de travail, qui s'est tenue dans la journée, visait à faire le point sur les dysfonctionnements éventuels dans le suivi de ce dossier tragique. Les échanges ont notamment porté sur les délais de transmission des informations entre les services de police, le parquet et les juges.
Des procédures internes en cause
La circulaire incriminée, diffusée il y a plusieurs années, impose aux procureurs de traiter en urgence les affaires impliquant des enfants victimes de violences ou de disparition. Elle prévoit une saisine immédiate du juge des enfants et une orientation vers des unités spécialisées. Or, dans le cas de Lyhanna, ces directives n'auraient pas été suivies, ce qui aurait pu retarder les investigations.
La magistrate en charge du parquet d'Auch est aujourd'hui pointée du doigt pour ne pas avoir respecté ces instructions nationales. Aucune décision disciplinaire n'a encore été annoncée à son encontre, mais l'Inspection générale de la justice pourrait être saisie pour éclaircir les circonstances exactes de ce manquement.
Un précédent de dysfonctionnement
Ce n'est pas la première fois que des failles dans le traitement des plaintes concernant des mineurs sont mises en lumière. Le ministre de l'Intérieur avait déjà évoqué, quelques jours plus tôt, un « dysfonctionnement » dans le cadre de cette affaire. La réunion convoquée par le Premier ministre s'inscrit donc dans une volonté de tirer les leçons de ce drame et d'éviter qu'une telle situation ne se reproduise.
Les associations de protection de l'enfance ont réagi avec fermeté, dénonçant une « faute grave » et réclamant des sanctions exemplaires. Elles appellent également à une refonte des protocoles de transmission entre les différents acteurs judiciaires et policiers, afin que les alertes concernant des enfants en danger soient traitées sans délai.
Des questions sur la temporalité des enquêtes
Au-delà du non-respect de la circulaire, l'enquête s'interroge sur le délai entre le premier signalement de la disparition de Lyhanna et le déclenchement d'une enquête approfondie. Plusieurs sources indiquent que les premières recherches n'ont pas été jugées prioritaires par le parquet local, malgré les éléments inquiétants fournis par la famille.
La procureure d'Auch, qui exerce ses fonctions depuis plusieurs années, n'a pas souhaité commenter ces informations. Toutefois, le parquet général de la cour d'appel d'Agen, dont dépend le tribunal d'Auch, a été saisi pour effectuer un contrôle hiérarchique.
Une réunion au sommet pour des mesures concrètes
À l'issue de la réunion à Matignon, plusieurs pistes ont été évoquées pour renforcer le dispositif de protection des mineurs. Il est notamment question d'instaurer une obligation de signalement immédiat au parquet pour toute disparition inquiétante d'enfant, et de généraliser la formation des magistrats à la prise en charge des jeunes victimes.
Le gouvernement entend également moderniser les outils informatiques permettant de suivre en temps réel l'état d'avancement des procédures liées aux enfants. Une cellule d'évaluation pourrait être mise en place au niveau interministériel pour superviser les cas les plus sensibles.
L'affaire Lyhanna, au-delà de son issue judiciaire, devient ainsi un catalyseur pour une réforme en profondeur des pratiques parquetières en matière de protection de l'enfance.