L'annonce par le garde des Sceaux d'une revue de 70 000 plaintes concernant des mineurs suscite un vif scepticisme au sein de la magistrature. Le principal syndicat de magistrats a qualifié cette initiative de « que de la communication », remettant en cause la portée réelle de la mesure. Cette réaction intervient dans le sillage de la mort de Lyhanna, dont le parcours judiciaire a mis en lumière des manquements dans le traitement de ses plaintes.

Gérald Darmanin a reconnu « des défaillances extrêmement graves » dans le suivi des plaintes ayant précédé le drame. Il a présenté ses excuses à la famille de la victime et évoqué un « échec » du système. Pour tenter de répondre à l'émotion suscitée par l'affaire, le ministre de la Justice a annoncé le réexamen de l'ensemble des plaintes déposées par ou concernant des mineurs et non encore jugées.

Une opération jugée « démagogique » par l'opposition

Cette décision a déjà été critiquée par une partie de la classe politique. Manuel Bompard, figure de La France insoumise, y a vu « de la démagogie ». Le syndicat majoritaire chez les magistrats reprend une analyse similaire, estimant que l'opération vise davantage à apaiser l'opinion publique qu'à traiter les dossiers avec la rigueur nécessaire.

Les représentants du syndicat soulignent que revoir 70 000 affaires en quelques semaines est une tâche matériellement impossible sans moyens supplémentaires. Ils redoutent une pression sur les magistrats et un traitement superficiel des dossiers, au détriment de la qualité de la justice rendue. Pour eux, cette annonce s'apparente à une réponse politique à un choc émotionnel, sans réelle efficacité judiciaire.

Des rendez-vous avec les procureurs généraux fixés avant l'été

Le garde des Sceaux a organisé une réunion avec l'ensemble des procureurs généraux pour coordonner cette révision. Il a également annoncé qu'il les recevrait individuellement « avant le 31 juillet » afin de « faire un état de ces plaintes ». L'objectif affiché est de s'assurer qu'aucune autre situation similaire à celle de Lyhanna ne perdure sans réponse judiciaire.

« Avant le 31 juillet, on sera capables de faire un état de ces plaintes », a promis Gérald Darmanin, assurant qu'un suivi serait effectué « sans vacances ». Ces déclarations visent à répondre à l'urgence perçue par l'opinion, mais les magistrats restent dubitatifs sur la faisabilité de l'opération dans les délais impartis.

Un malaise persistant dans la profession

Au-delà de la polémique sur l'ampleur de la tâche, le syndicat pointe un problème structurel : le manque de moyens chronique de la justice. La revue des 70 000 plaintes, même si elle était menée, ne réglerait pas les causes profondes des dysfonctionnements. Selon l'organisation syndicale, cette communication gouvernementale détourne l'attention des véritables réformes nécessaires.

Des rassemblements étaient prévus devant plusieurs tribunaux pour soutenir une meilleure prise en charge des enfants victimes. La famille de Lyhanna, qui a reçu les excuses du ministre, continue de demander des comptes sur les manquements constatés dans le suivi des plaintes.

Cette affaire a relancé le débat sur la priorité donnée aux enfants victimes dans le système judiciaire. Une circulaire du ministère de la Justice, qui prévoyait déjà cette priorité, n'avait pas été respectée par la procureure d'Auch, où le dossier de Lyhanna avait été traité. Le garde des Sceaux a promis des suites disciplinaires, mais pour les magistrats, ces annonces ne changent pas le fond du problème.