La polémique enfle autour de l'annonce du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, qui a ordonné le réexamen d'environ 70 000 plaintes concernant des mineurs. Alors que le ministre de la Justice réunissait ce lundi matin les procureurs généraux, le premier syndicat de magistrats en France, le Syndicat de la magistrature, a vivement critiqué cette initiative, la qualifiant de simple opération de communication dénuée de portée pratique.

« C'est du vent, que de la communication », a affirmé une représentante du syndicat, interrogée sur la mesure phare dévoilée par le gouvernement. Selon elle, l'administration judiciaire ne dispose ni des effectifs ni des outils nécessaires pour mener à bien une telle tâche dans les délais impartis. Les magistrats dénoncent une manœuvre politique visant à détourner l'attention après la mort de la jeune Lyhanna, victime de violences répétées dont les plaintes n'avaient pas été correctement suivies par le parquet d'Auch.

Un calendrier serré, une méthode contestée

Lors de son audition, Gérald Darmanin a assuré que « avant le 31 juillet, on sera capables de faire un état de ces plaintes ». Il a également indiqué qu'il recevrait chaque procureur général « individuellement » d'ici à cette date pour faire le point sur les situations locales. Un objectif que le syndicat juge irréaliste. « On va demander à des magistrats déjà submergés de travailler jour et nuit sur un fichier pour faire plaisir au ministre », a ironisé la porte-parole du Syndicat de la magistrature, estimant que cette revue ne pourra produire qu'un « chiffre » et non une analyse qualitative des failles du système.

Un contexte de crise après la mort de Lyhanna

Cette annonce fait suite à la reconnaissance, par le garde des Sceaux lui-même, d'un « échec » dans le suivi des plaintes déposées par Lyhanna, une enfant de 10 ans morte après des violences répétées. Le parquet d'Auch, pourtant destinataire d'une circulaire nationale donnant la priorité au traitement des plaintes d'enfants, n'avait pas appliqué ces directives. Plusieurs plaintes déposées par la famille étaient restées sans suite. Le drame a provoqué une onde de choc et conduit le Premier ministre à convoquer les ministres de la Justice et de l'Intérieur dès le 4 juin.

Face à l'émotion suscitée, le gouvernement a voulu montrer sa réactivité en ordonnant, le 7 juin, un réexamen systématique de l'ensemble des plaintes impliquant des mineurs, estimées à quelque 70 000 dossiers. Le ministre a également présenté ses excuses à la famille de la victime.

Une critique qui dépasse le seul clivage syndical

Les réserves exprimées par le Syndicat de la magistrature rejoignent en partie celles de certains élus. Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, avait déjà dénoncé « de la démagogie », évoquant une réponse politique précipitée plutôt qu'une réforme en profondeur. À droite, la critique est venue d'un autre angle : plusieurs responsables politiques ont fustigé le comportement des juges, estimant que la responsabilité individuelle des magistrats devait être engagée.

Le Syndicat de la magistrature, premier syndicat professionnel chez les magistrats, récuse quant à lui l'idée d'une faute individuelle et pointe les carences systémiques : manque d'effectifs, surcharge des parquets, absence de logiciels performants de suivi informatisé des plaintes.

Une réunion sans annonce forte

La réunion de ce lundi entre Gérald Darmanin et les procureurs généraux n'a donné lieu à aucune annonce majeure supplémentaire. Le garde des Sceaux a réaffirmé sa volonté de « lever tous les angles morts » et de « restaurer la confiance des familles » dans l'institution judiciaire. Il a également demandé aux chefs de parquet de lui signaler, d'ici au 14 juillet, tout dossier sensible non traité. Mais aucune mesure concrète de renforcement des moyens n'a été évoquée, ce qui alimente le scepticisme des syndicats.

Pour l'heure, l'ordre de réexamen des 70 000 plaintes reste la principale réponse politique du gouvernement à l'affaire Lyhanna. Une réponse que le Syndicat de la magistrature résume ainsi : « C'est une photographie qu'on nous demande de tirer, pas une solution. »