Le garde des Sceaux a annoncé ce dimanche 8 juin une mesure d’ampleur dans le cadre de l’affaire Lyhanna, cette enfant de 11 ans tuée à Fleurance (Gers). Gérald Darmanin a enjoint aux magistrats du parquet de réexaminer l’ensemble des plaintes en cours qui concernent des mineurs, estimées à près de 70 000, avec une échéance fixée au 14 juillet prochain.

Une instruction sans précédent

Cette directive, adressée aux procureurs généraux et procureurs de la République, vise à vérifier que chaque plainte déposée par ou pour un enfant a bien fait l’objet d’un traitement diligent. Le ministre a également promis un suivi « sans vacances » de ces dossiers, selon les termes employés dans son communiqué. Il s’agit d’une réponse directe aux dysfonctionnements révélés après la mort de Lyhanna, dont la famille avait déposé plusieurs plaintes qui n’avaient pas été suivies d’effet.

Le drame a mis en lumière un cas emblématique : une circulaire ministérielle de 2023, qui ordonnait de donner la priorité aux plaintes d’enfants victimes, n’avait pas été appliquée par la procureure de la République d’Auch. Cette dernière avait été convoquée par le ministre dès le 5 juin, et un signalement a été transmis à l’Inspection générale de la justice.

Un « échec » reconnu

Dès le 5 juin, le garde des Sceaux avait reconnu un « échec » dans le suivi des plaintes et présenté ses excuses à la famille de la victime. « Nous avons failli », avait-il déclaré, ajoutant que « le système judiciaire n’a pas été à la hauteur ». Ces propos ont été suivis d’une convocation de l’ensemble des procureurs généraux le 9 juin, puis d’une réunion à Matignon réunissant les ministres de la Justice et de l’Intérieur.

Des réactions politiques contrastées

L’annonce du réexamen massif des dossiers a suscité des réactions vives sur l’échiquier politique. À gauche, plusieurs responsables réclament la démission du garde des Sceaux, estimant que la responsabilité ministérielle est engagée dans ce qu’ils qualifient de « faillite de l’État ». À droite, les critiques se concentrent sur les magistrats, accusés de ne pas avoir respecté les circulaires en vigueur.

Le Premier ministre, qui avait convoqué dès le 4 juin les ministres concernés, suit de près l’évolution du dossier. Le chef du gouvernement a réaffirmé la nécessité de « garantir que chaque enfant victime soit entendu et protégé ».

Les prochaines étapes

Le réexamen des 70 000 plaintes doit être achevé avant le 14 juillet, date butoir fixée par le ministre. Les magistrats devront signaler tout cas où une plainte n’aurait pas donné lieu à des poursuites ou à une enquête approfondie. Par ailleurs, la marche blanche organisée ce dimanche à Fleurance, en présence des parents de Lyhanna, a rassemblé plusieurs centaines de personnes venues rendre hommage à la fillette et réclamer « justice pour Lyhanna ».

L’affaire continue de susciter une vive émotion dans l’opinion publique et de peser sur le débat judiciaire et politique, alors que le gouvernement doit présenter prochainement un plan de lutte contre les violences faites aux enfants.