Le garde des Sceaux face aux sénateurs

Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a été entendu ce mardi 9 juin par la commission des Lois du Sénat dans le cadre de l'affaire Lyhanna, la jeune fille de 13 ans dont le corps a été retrouvé après un viol et un meurtre. Il comparaissait aux côtés du ministre de l'Intérieur. Cette audition intervient alors que plus de 60 000 manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes françaises lundi soir pour dénoncer les dysfonctionnements judiciaires ayant permis le drame.

Des aveux de dysfonctionnement et des excuses

Devant la commission, Gérald Darmanin a reconnu « de graves dysfonctionnements » dans le traitement de l'affaire. Il a présenté ses excuses à la famille de la victime et a admis que « nous avons failli ». Le ministre a notamment souligné que la circulaire de 2023 donnant la priorité au traitement des plaintes d'enfants victimes n'avait pas été respectée par la procureure d'Auch.

Des sanctions annoncées

Le garde des Sceaux a indiqué que des sanctions seraient prises à l'encontre de la procureure d'Auch, dont le nom n'a pas été précisé. Il a également ordonné le réexamen de 70 000 plaintes impliquant des mineurs, une revue qu'il veut achevée d'ici au 14 juillet. Dans une circulaire adressée aux parquets, il a promis un suivi « sans vacances » de ces dossiers.

Un syndicat de magistrats sceptique

Cette annonce a été accueillie avec scepticisme par le principal syndicat de magistrats. Ce dernier a estimé que la revue des 70 000 plaintes « n'est que de la communication » et qu'elle ne résoudra pas les problèmes structurels de la justice. Le syndicat a dénoncé une opération visant à détourner l'attention des vraies causes du drame.

Des réactions politiques contrastées

À gauche, plusieurs voix ont réclamé la démission de Gérald Darmanin. Le député Manuel Bompard a notamment dénoncé « de la démagogie » dans l'annonce de la revue des plaintes. À droite, on a plutôt fustigé les juges et réclamé un renforcement des moyens de la justice pénale. Le ministre de la Justice a condamné les menaces visant les magistrats et a appelé à ne pas faire de leur profession un bouc émissaire.

Une pression citoyenne persistante

Des rassemblements sont prévus dans plusieurs villes en soutien à la famille de Lyhanna et pour réclamer justice. Une enquête est en cours sur les ratés judiciaires en cascade qui ont jalonné l'affaire, et des plaintes doivent être déposées contre l'État et contre le garde des Sceaux.

Prochaines étapes

Le gouvernement a annoncé une réunion d'urgence sur le sujet, tandis que la garde à vue du chanteur Patrick Bruel, mis en cause dans une autre affaire de violences sexuelles, a été prolongée de 24 heures. L'affaire Lyhanna continue de susciter une émotion considérable dans l'opinion publique.