Alors que l'émotion suscitée par la mort de Lyhanna, une adolescente dont les plaintes pour violences n'avaient pas été traitées, ne retombe pas, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a annoncé une série de mesures. Il a notamment ordonné le réexamen de 70 000 plaintes impliquant des mineurs d'ici au 14 juillet et réuni ce lundi les procureurs généraux. Mais le principal syndicat de magistrats juge cette initiative sévèrement, y voyant une simple mesure d'affichage.
Le Syndicat de la magistrature a vivement critiqué l'annonce du garde des Sceaux, estimant que cette revue massive ne constitue « que de la communication ». Pour l'organisation représentative, cette décision ne s'attaque pas aux causes profondes des dysfonctionnements qui ont conduit au drame. Les magistrats syndiqués soulignent que le problème ne réside pas dans un manque de directives, mais dans le manque de moyens humains et matériels permettant de les appliquer. Ils réclament des engagements concrets en matière de recrutement et de formation, plutôt que des opérations « coup de poing ».
En déplacement, le ministre de la Justice a reconnu « un dysfonctionnement grave du service public de la justice » dans cette affaire. Il a également condamné les « menaces de mort inacceptables » dont sont victimes les magistrats d'Auch et de Toulouse, qui avaient été chargés du dossier de l'adolescente. « Le ministère de la Justice assume les défaillances et les fautes lorsqu'il y en a », a-t-il déclaré, tout en annonçant qu'il proposerait des sanctions.
Interrogé sur son maintien à son poste, Gérald Darmanin a justifié sa décision de ne pas présenter sa démission. « J'ai pensé que cette défaillance ne tenait pas aux instructions que le ministère a données », a-t-il expliqué, estimant que les instructions en vigueur, notamment la circulaire sur la priorité aux enfants victimes, étaient suffisantes mais n'avaient pas été suivies localement, à Auch.
Cette position contraste avec celle d'une partie de la classe politique. Des voix à gauche, dont le député Manuel Bompard, ont dénoncé « de la démagogie » et réclamé le départ du garde des Sceaux. À droite, les critiques fusent à l'encontre des juges, accusés de ne pas avoir appliqué les consignes.
Un réexamen sous pression
La revue des 70 000 plaintes, qui doit s'achever avant la mi-juillet, est perçue comme une réponse à l'indignation publique. Le ministre a promis un suivi « sans vacances » de ce dossier prioritaire. Cette annonce intervient après la révélation que la circulaire du ministère sur la priorité absolue donnée aux plaintes d'enfants victimes n'avait pas été respectée par la procureure du tribunal d'Auch, où le dossier de Lyhanna était suivi.
Des rassemblements devant les tribunaux
Parallèlement, des associations et des collectifs citoyens appellent à des rassemblements devant les palais de justice de nombreuses villes pour rendre hommage à la jeune fille et exiger des comptes. La mobilisation citoyenne s'organise, ajoutant une pression supplémentaire sur l'institution judiciaire et le gouvernement.
Le Premier ministre entre en scène
Le chef du gouvernement a également convoqué les ministres de la Justice et de l'Intérieur pour faire le point sur l'affaire. Cette réunion de crise traduit l'ampleur politique prise par le drame. Le gouvernement tente de concilier la nécessité de réponses fermes avec la préservation de l'indépendance de la justice, un équilibre délicat alors que les critiques se multiplient.