Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a officiellement reconnu un « dysfonctionnement grave » de la justice dans l’affaire Lyhanna, cette adolescente dont le décès avait suscité une vive émotion. Il a également condamné les menaces visant les magistrats. Devant le Sénat, mardi 9 juin, il a distingué ce qu’il qualifie de « fautes individuelles » de « défauts d’organisation », et a promis des sanctions. Le ministre a en outre annoncé l’ouverture d’une enquête administrative pour faire la lumière sur ces manquements.

Une pression politique tenace.

La gauche continue de réclamer la démission de M. Darmanin, estimant qu’il porte une « part de responsabilité » dans cette affaire. Lors d’une séance de questions au gouvernement, les députés de l’opposition ont souligné que le ministre avait lui-même adressé ses excuses à la famille de Lyhanna, reconnaissant un « échec » dans le suivi des plaintes. La droite, de son côté, a mis en cause l’attitude des juges, renvoyant dos à dos les responsabilités.

Une revue de 70 000 plaintes controversée.

Pour tenter de répondre à la crise, M. Darmanin a ordonné, dès le 7 juin, un réexamen de 70 000 plaintes impliquant des mineurs, avec un objectif de finalisation avant le 14 juillet. Cette décision a été diversement accueillie. Le principal syndicat de magistrats a jugé cette mesure comme « que de la communication », estimant qu’elle ne changera rien au fond du problème et qu’elle vise surtout à apaiser l’opinion publique. Manuel Bompard, député de La France insoumise, a également dénoncé « de la démagogie » dans cette annonce.

Des dissensions au sein de la magistrature.

Au-delà des critiques politiques, l’affaire Lyhanna a ravivé les tensions entre le ministère et les magistrats. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer une tentative de mettre la pression sur les juges. Le ministre a cependant assuré qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause l’indépendance de la justice, mais de garantir que chaque plainte soit traitée avec la diligence nécessaire. Il a aussi précisé que les 70 000 dossiers seraient suivis « sans vacances », afin d’éviter tout nouveau retard.

Les conséquences attendues.

M. Darmanin a annoncé une réunion de l’ensemble des procureurs généraux pour aborder ces dysfonctionnements et trouver des solutions structurelles. Cette réunion, initialement prévue pour le 8 juin, a été reconduite dans un climat de forte mobilisation. Des rassemblements de soutien à la famille de Lyhanna et aux magistrats menacés sont prévus dans plusieurs villes. Le gouvernement espère ainsi reprendre la main sur une affaire qui fragilise la confiance dans l’institution judiciaire.