Un témoignage qui relance le débat sur les moyens

L'affaire Lyhanna, dont le nom n'a pas été dévoilé, continue de susciter des remous au sein de l'appareil judiciaire. Alors que Gérald Darmanin a mis en cause la responsabilité des magistrats dans le traitement des plaintes, une policière spécialisée dans les violences faites aux mineurs a livré un témoignage troublant, mardi, sur les difficultés rencontrées quotidiennement par les enquêteurs.

Des services submergés

« On n'est pas en capacité de traiter tous les dossiers », a alerté cette fonctionnaire, qui travaille au sein d'une unité dédiée aux mineurs victimes. Selon elle, le nombre de signalements et de plaintes dépassent largement les ressources humaines disponibles, plongeant les équipes dans l'impuissance face à la détresse des familles. « Les parents sont en colère, et on les comprend, mais nous ne pouvons pas faire de miracles avec si peu de monde », a-t-elle expliqué, décrivant une situation de « saturation chronique ». Le manque d'effectifs est tel, selon son récit, que certains dossiers urgents sont relégués au second plan, faute de temps et de personnel pour les instruire.

Des critiques envers la hiérarchie

Ce constat contredit directement la position du ministre de la Justice, qui a dénoncé un « dysfonctionnement grave » de la part des magistrats, notamment au parquet d'Auch, dans le suivi des plaintes de la jeune Lyhanna. La policière, qui a requis l'anonymat, a estimé que la responsabilité ne saurait être imputée aux seuls juges. « On nous demande de faire toujours plus, avec toujours moins. Les magistrats sont aussi débordés que nous », a-t-elle affirmé, soulignant une carence structurelle qui touche l'ensemble de la chaîne pénale.

Une affaire aux lourdes conséquences

L'affaire Lyhanna a pris une ampleur nationale après que le garde des Sceaux a reconnu un « échec » dans le traitement des signalements concernant l'adolescente, dont le décès a bouleversé l'opinion. Le ministre a ordonné le réexamen de 70 000 plaintes impliquant des mineurs, une mesure qualifiée « d'opération de communication » par le principal syndicat de magistrats. Par ailleurs, des menaces ont visé des magistrats, ce que Gérald Darmanin a fermement condamné. Plusieurs voix politiques se sont élevées pour réclamer sa démission, tandis que d'autres appellent à une réforme en profondeur de la justice des mineurs.

Un malaise persistant

Le témoignage de la policière met en lumière un malaise plus large au sein des services chargés de la protection de l'enfance. « On nous demande d'être des super-héros, mais on n'a même pas de quoi faire notre travail correctement », a-t-elle conclu, visiblement marquée par l'actualité. Alors que des rassemblements sont prévus pour rendre hommage à Lyhanna, ce nouveau cri d'alarme pourrait relancer le débat sur les moyens alloués à la justice des mineurs et sur la nécessité d'une véritable politique de prévention.