Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé dimanche 7 juin une mesure de grande ampleur en réaction à l’affaire Lyhanna : il a ordonné aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000 dossiers, et ce avant le 14 juillet. Cette décision intervient alors que la polémique enfle sur les dysfonctionnements judiciaires qui auraient précédé le drame.
Une instruction ferme assortie d’une absence de congés
Intervenant sur LCI, le garde des Sceaux a prévenu qu’il ne partirait pas en vacances et que « pas un haut magistrat ne partira en vacances » tant qu’il n’aura pas reçu « un par un les procureurs généraux » pour faire le bilan. Une réunion avec l’ensemble des procureurs généraux est d’ailleurs convoquée lundi matin à la Chancellerie. Darmanin a promis un suivi « serré » et une mobilisation de l’ensemble de l’administration centrale.
Cette revue massive de plaintes vise à éviter qu’un signalement d’enfant en danger ne soit, comme dans le cas de Lyhanna, traité sans la diligence nécessaire. Le ministre a reconnu le 5 juin un « échec » dans le suivi des plaintes et présenté ses excuses à la famille, après qu’il est apparu que la circulaire sur la priorité aux enfants victimes n’avait pas été suivie par la procureure d’Auch.
Une pression politique croissante
La mort de Lyhanna continue de susciter de vives réactions sur l’échiquier politique. La gauche réclame la démission du ministre de la Justice, estimant que la responsabilité incombe au sommet de l’État. Plusieurs élus de l’opposition ont dénoncé une « faute politique » et exigé des comptes. De son côté, la droite fustige les juges, pointant du doigt une magistrature qui aurait failli à sa mission de protection des mineurs. Le Premier ministre a également convoqué les ministres de la Justice et de l’Intérieur pour faire le point sur les suites à donner.
Une mobilisation citoyenne importante
Sur le plan local, l’émotion est immense. Dimanche, au moins 6 000 personnes se sont réunies à Fleurance (Gers) lors d’une marche blanche en mémoire de Lyhanna. La famille de la victime a pris la parole, dans des termes poignants : « Pardon pour ce que tu as vécu, nous t’aimons », a-t-elle déclaré. Une autre intervenante, Miriam Djabali Larak, a lancé : « L’écharpe tricolore des élus devrait être rouge car l’État a du sang sur les mains aujourd’hui. »
Quels enjeux pour la revue des plaintes ?
La mesure annoncée par Darmanin est d’une ampleur inédite : 70 000 dossiers devront être examinés en un peu plus d’un mois. Les procureurs généraux devront rendre compte de chaque affaire et identifier les éventuels retards ou manquements. Les observateurs s’interrogent sur la capacité de l’institution judiciaire à absorber cette charge de travail supplémentaire, alors qu’elle souffre déjà de moyens insuffisants. Le ministre a toutefois assuré que la Chancellerie serait pleinement mobilisée.
L’affaire Lyhanna a mis en lumière des failles dans l’application de la circulaire de 2023 visant à donner la priorité aux enfants victimes. Le cas d’Auch, où la procureure n’avait pas suivi cette directive, a été particulièrement pointé du doigt, conduisant Darmanin à convoquer l’ensemble des procureurs généraux dès le 5 juin.
Un climat politique tendu
Alors que le gouvernement tente de reprendre la main, la question de la responsabilité ministérielle reste posée. La gauche maintient ses appels à la démission, tandis que la droite et l’extrême droite multiplient les attaques contre l’institution judiciaire. Dans ce contexte, la revue des 70 000 plaintes apparaît à la fois comme une réponse opérationnelle et une tentative de désamorcer la crise politique.
La réunion de lundi avec les procureurs généraux sera suivie de près. Elle devrait permettre de préciser les modalités concrètes de ce réexamen massif et d’engager, selon les mots du ministre, un « bilan complet » de la situation.