Une annonce contestée

L'Union syndicale des magistrats (USM), principale organisation représentative de la profession, a qualifié d'« opération de communication » la directive de Gérald Darmanin ordonnant le réexamen de l'ensemble des plaintes pour violences sexuelles concernant des enfants victimes, soit environ 70 000 dossiers. Cette mesure, annoncée à la suite du meurtre de Lyhanna, une enfant de 9 ans tuée en juin 2026, a provoqué une vive controverse au sein du monde judiciaire.

Un fiasco judiciaire en toile de fond

L'affaire Lyhanna a mis en lumière les défaillances du système judiciaire français. La jeune fille, dont le corps avait été retrouvé dans un bois, avait été victime de violences sexuelles. Le principal suspect, un homme de 49 ans, avait déjà été signalé à plusieurs reprises pour des faits similaires, mais les plaintes déposées n'avaient pas été correctement traitées. Le garde des Sceaux a reconnu un « dysfonctionnement grave » et a présenté ses excuses à la famille de la victime.

La réaction des magistrats

L'USM a dénoncé une « mesure gadget » qui ne résoudra pas les problèmes structurels de la justice. Selon le syndicat, revoir 70 000 dossiers en quelques semaines est irréaliste et ne permettra pas de garantir un suivi sérieux. « C’est de la communication pure, sans aucune réflexion sur les moyens », a déclaré un représentant de l'USM. Le syndicat estime que cette annonce vise à apaiser l'opinion publique après le choc provoqué par la mort de Lyhanna, sans s'attaquer aux causes profondes du dysfonctionnement.

Les propositions de Gérald Darmanin

Face à la colère croissante, le garde des Sceaux a également annoncé être favorable à l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs. « Les crimes sexuels sur les enfants doivent être imprescriptibles », a-t-il affirmé. Cette proposition, longtemps portée par des associations de défense des droits de l'enfant, pourrait être inscrite dans un futur projet de loi. Le ministre a également convoqué l'ensemble des procureurs généraux pour leur demander d'accélérer le traitement de ces dossiers.

Des rassemblements partout en France

L'émotion suscitée par l'affaire a conduit à l'organisation de manifestations dans plusieurs villes françaises. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Lyhanna et exiger des comptes de la part de la justice. À Fleurance, commune d'origine de la fillette, une marche blanche a rassemblé environ 5 000 participants. Les associations féministes et de protection de l'enfance réclament une réforme en profondeur du système judiciaire, afin d'éviter de nouveaux drames.

Les critiques de la classe politique

L'opposition politique s'est également emparée du dossier. Manuel Bompard, député de La France insoumise, a dénoncé « de la démagogie » de la part du garde des Sceaux, estimant que la revue des 70 000 plaintes était une mesure insuffisante. D'autres voix à gauche réclament la démission de Gérald Darmanin, tandis que la droite fustige le « laxisme » des juges. Le Premier ministre a convoqué les ministres de la Justice et de l'Intérieur pour faire le point sur la situation.

Des questions sur le fond

Au-delà des critiques, l'USM soulève des interrogations sur la faisabilité de la mesure. Revoir 70 000 dossiers en un mois exigerait des effectifs et des moyens humains dont les tribunaux ne disposent pas, selon le syndicat. « Il faudrait des milliers de magistrats supplémentaires pour mener à bien cette tâche », explique un représentant. L'USM appelle donc à un débat de fond sur les moyens alloués à la justice, plutôt qu'à des annonces chocs.