Le Syndicat de la magistrature étrille l’initiative gouvernementale
Le Syndicat de la magistrature, première organisation professionnelle des juges en France, a qualifié de « que de la communication » la décision du garde des Sceaux de procéder à une revue de 70 000 plaintes impliquant des mineurs. Cette annonce, faite par Gérald Darmanin après la mort de la jeune Lyhanna, est perçue par le syndicat comme une manœuvre visant à détourner l’attention des carences structurelles de l’institution judiciaire.
Les déclarations du ministre contredites par les faits
Lors de son audition au Sénat, Gérald Darmanin a reconnu que « nous avions tous les éléments » pour agir plus tôt dans le suivi des plaintes de Lyhanna. Il a également estimé qu’« on aurait dû appliquer le principe de précaution pour mettre de côté Monsieur Barella », en référence à l’homme suspecté d’être impliqué dans la mort de l’adolescente. Ces aveux n’ont pas suffi à apaiser la colère des magistrats, qui jugent l’opération de réexamen des 70 000 dossiers comme un simple écran de fumée.
Un contexte de défiance croissante
L’affaire Lyhanna a mis en lumière un dysfonctionnement majeur dans le traitement des plaintes pour violences sur mineurs. Le parquet d’Auch n’avait pas appliqué la circulaire ministérielle donnant la priorité à ce type de dossiers. Le ministre a ordonné un réexamen de l’ensemble des plaintes en souffrance impliquant des mineurs, avec un objectif fixé au 14 juillet. Mais pour le Syndicat de la magistrature, cette mesure ne résout en rien le manque de moyens chronique des tribunaux.
Une réunion des procureurs généraux sous pression
Gérald Darmanin a convoqué l’ensemble des procureurs généraux pour une réunion de travail, tandis que le Premier ministre a également réuni les ministres de la Justice et de l’Intérieur. Parallèlement, des appels à des rassemblements citoyens se multiplient pour honorer la mémoire de Lyhanna et exiger des comptes. Le ministre a condamné les menaces visant les magistrats, tout en promettant un suivi « sans vacances » des dossiers.
Réactions politiques contrastées
À gauche, des voix réclament la démission du garde des Sceaux, estimant sa gestion de la crise insuffisante. À droite, les critiques se concentrent sur les juges, accusés de laxisme. Le député insoumis Manuel Bompard a dénoncé une « démagogie » de la part du ministre. Le Syndicat de la magistrature, de son côté, demande des mesures concrètes plutôt que des annonces spectaculaires.
Les limites d’une revue administrative
Pour les magistrats, le réexamen des 70 000 plaintes ne résoudra pas les problèmes de fond : manque d’effectifs, charge de travail excessive, et absence de priorisation claire des dossiers sensibles. Le syndicat craint que l’opération ne serve qu’à donner l’illusion d’une action rapide, sans s’attaquer aux racines du mal. « Ce n’est pas en triant des papiers qu’on redonnera confiance aux victimes », résume un porte-parole du syndicat.
Un avenir judiciaire incertain
Alors que l’émotion suscitée par la mort de Lyhanna ne retombe pas, le gouvernement tente de reprendre la main par des annonces chocs. Mais la défiance des professionnels de la justice reste entière. La mise à l’isolement de Jérôme Barella, suspecté dans cette affaire, dans une prison du sud de la France, n’a pas apaisé les inquiétudes. Le Syndicat de la magistrature exige des engagements budgétaires et organisationnels à la hauteur de l’enjeu, et non des effets d’annonce.