Le garde des Sceaux a donné instruction à l'ensemble des parquets de France de procéder à une révision systématique de près de 70 000 plaintes déposées pour des faits de violences commis sur ou par des mineurs. Cette mesure, annoncée ce week-end, intervient dans le sillage de la mort de Lyhanna, une adolescente dont le signalement n'avait pas été traité par la justice malgré des plaintes antérieures.

Un audit massif sous contrainte calendaire

L'annonce a été formulée par le ministre de la Justice, qui a précisé que cet examen concernerait l'ensemble des dossiers impliquant des enfants, en qualité de victimes ou d'auteurs présumés. Les procureurs généraux ont été saisis d'une demande de vérification de l'intégralité de ces procédures, avec pour objectif d'en terminer l'analyse avant le 14 juillet. Le garde des Sceaux a insisté sur la nécessité de mener ce travail sans interruption, en mobilisant les moyens nécessaires.

Cette décision fait suite à la reconnaissance, par le ministre lui-même, d'un « échec » dans le suivi des plaintes dans l'affaire Lyhanna. Il avait présenté des excuses à la famille de la victime, admettant que la circulaire visant à donner la priorité au traitement des plaintes impliquant des enfants n'avait pas été respectée par la procureure d'Auch, en charge du dossier.

Un drame révélateur de dysfonctionnements

L'affaire Lyhanna a mis en lumière des lacunes dans le traitement judiciaire des signalements. La jeune fille avait été victime de violences et de harcèlement, et ses proches avaient déposé plusieurs plaintes qui n'avaient pas donné lieu à des poursuites ou à des mesures de protection. Son décès a provoqué une onde de choc dans l'opinion publique et a relancé le débat sur la protection de l'enfance.

Le garde des Sceaux a qualifié la situation de « dysfonctionnement » et a convoqué l'ensemble des procureurs généraux pour faire le point sur l'application de la circulaire. Le Premier ministre a également réuni les ministres de la Justice et de l'Intérieur afin d'examiner les mesures à prendre pour renforcer la coordination entre les services.

Des réactions politiques contrastées

L'onde de choc politique est également perceptible. Des représentants des partis de gauche ont exigé la démission du ministre de la Justice, estimant sa responsabilité engagée. À l'inverse, des voix à droite se sont élevées pour critiquer le rôle des magistrats dans le suivi des plaintes, pointant du doigt une supposée frilosité judiciaire. Le ministre, de son côté, a promis des suites concrètes et une révision des procédures.

Une opération d'envergure inédite

L'audit ordonné par le garde des Sceaux représente une opération sans précédent par son ampleur : près de 70 000 plaintes vont être réexaminées par les parquets. L'objectif est d'identifier les dossiers qui auraient pu être abandonnés ou mal traités, et de vérifier que la priorité donnée aux enfants victimes est bien appliquée sur l'ensemble du territoire.

Le ministre s'est engagé à ce que ce travail soit mené avec rigueur et célérité. Il a indiqué que les résultats de cet audit devraient permettre de dégager des enseignements pour améliorer le système judiciaire et éviter qu'un tel drame ne se reproduise. La date butoir du 14 juillet a été fixée pour permettre une évaluation rapide et une mise en œuvre des correctifs nécessaires.

Un contexte d'urgence et d'émotion

L'affaire Lyhanna suscite une vive émotion dans le pays. La famille de l'adolescente, qui demande justice, est attendue pour une marche blanche organisée à Fleurance. Le garde des Sceaux a promis que le suivi de ce dossier serait assuré sans relâche, même pendant la période estivale, soulignant que la protection des enfants constitue une priorité absolue.

Cette annonce intervient alors que plusieurs affaires similaires avaient déjà mis en évidence des failles dans le système judiciaire. Le gouvernement entend montrer sa détermination à répondre à l'inquiétude citoyenne et à restaurer la confiance dans l'institution judiciaire.