Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a réuni ce lundi matin à la Chancellerie les procureurs généraux des 36 cours d'appel de France pour une réunion de travail consacrée au traitement des plaintes concernant des enfants victimes. Cette réunion fait suite à l'émotion suscitée par la mort de Lyhanna, une fillette de 11 ans, et aux révélations sur les dysfonctionnements dans le suivi judiciaire de plaintes pour viols déposées contre le principal suspect.

Le garde des Sceaux a ordonné la revue de l'intégralité des quelque 70 000 plaintes touchant des mineurs, avec une échéance fixée au 14 juillet. « On va prendre ressort par ressort, toutes les plaintes », a-t-il déclaré, ajoutant qu'« il n'y a pas un haut magistrat qui va partir en vacances » tant que ce travail n'aura pas été accompli. Cette instruction intervient après que le ministre a reconnu des « dysfonctionnements accablants et inacceptables » et présenté ses excuses à la famille de la victime au nom de l'institution judiciaire.

Le cas de la plainte ayant précédé la mort de Lyhanna illustre les manquements dénoncés. Déposée le 22 août 2025 à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne) par la mère d'une fillette de 11 ans pour des viols commis entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile du suspect, elle avait donné lieu à des examens médicaux-légaux corroborant les déclarations, mais le dossier n'avait été transmis à la gendarmerie que le 9 janvier 2026. Le suspect n'avait toujours pas été entendu au moment de la disparition de Lyhanna, ce que le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a qualifié de « dysfonctionnement ». Gérald Darmanin a évoqué une « absence de priorisation » dans le traitement de cette plainte, rappelant qu'« un viol sur enfant, c'est urgence absolue ».

Parallèlement, des collectifs féministes et de protection de l'enfance ont appelé à des rassemblements devant les tribunaux ce lundi, pour exiger des mesures concrètes et une meilleure prise en charge des victimes mineures. La question des moyens de la justice reste au cœur des débats. Les représentants des procureurs ont réagi aux déclarations du ministre, estimant qu'aucune responsabilité ne pouvait être établie avant les conclusions de l'inspection conjointe de la justice, de la gendarmerie et de l'Éducation nationale, attendue sous quinze jours.

L'Union syndicale des magistrats (USM) a critiqué l'inflation des instructions – « 42 circulaires et 72 dépêches depuis 2025 » –, y voyant une tentative de trouver « des boucs émissaires et vite ». La question des moyens, bien que le budget de la justice ait augmenté ces dernières années, reste posée : la France compterait trois procureurs pour 100 000 habitants, contre une moyenne plus élevée dans d'autres pays européens.

Le ministre a par ailleurs menacé de « sanctions » si des « défaillances, des fautes professionnelles » étaient « avérées » dans le traitement des plaintes. Les inspections conjointes devront déterminer si des manquements individuels ont contribué au drame.

Les mobilisations prévues ce lundi devant plusieurs tribunaux devraient maintenir la pression sur l'exécutif, alors que le débat public reste marqué par l'émotion suscitée par la mort de Lyhanna et les révélations sur les failles du système judiciaire.