Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s’est déclaré « très favorable » à la mise en place d’un fichier de surveillance spécifiquement destiné aux pédocriminels. Cette prise de position intervient dans le sillage de l’affaire Lyhanna, qui a mis en lumière des dysfonctionnements graves dans le traitement judiciaire de plaintes pour violences sur mineurs.
Interrogé sur les suites à donner à ce dossier, le garde des Sceaux a indiqué voir d’un bon œil la création d’un registre permettant un suivi renforcé des personnes condamnées ou mises en cause pour des faits de pédocriminalité. Il n’a pas précisé les modalités exactes de ce futur outil, mais a souligné la nécessité d’une « traçabilité renforcée ».
Cette annonce s’inscrit dans une série de mesures promises par le ministre après la mort de Lyhanna, une fillette de 9 ans, dont le décès a révélé que plusieurs plaintes déposées contre son entourage n’avaient pas été suivies d’effets. Darmanin avait déjà ordonné le réexamen de 70 000 plaintes impliquant des mineurs et promis un « choc numérique » pour moderniser la justice. Il avait également adressé un courrier manuscrit aux magistrats pour les appeler à leurs responsabilités, suscitant des tensions avec le corps judiciaire.
Le garde des Sceaux a par ailleurs annoncé des sanctions à l’encontre d’une magistrate et de deux gendarmes impliqués dans le traitement défaillant du dossier Lyhanna. Une enquête administrative a été ouverte sur le parquet d’Auch, où la procureure n’aurait pas appliqué une circulaire donnant la priorité aux enfants victimes.
La proposition d’un fichier dédié aux pédocriminels relance le débat sur les outils de surveillance et de prévention. Certains syndicats de magistrats, qui avaient déjà critiqué la revue des 70 000 plaintes comme étant « que de la communication », pourraient craindre une nouvelle mesure sans moyens supplémentaires. Toutefois, Darmanin insiste sur la nécessité d’agir rapidement pour éviter de nouveaux drames.
Le ministre a également évoqué le bilan des gardes à vue pour violences sur mineurs : 1 243 interpellations ont été réalisées depuis le mois de juin, un chiffre qu’il présente comme le signe d’une mobilisation accrue des forces de l’ordre. Il a promis de présenter prochainement un projet de loi visant à renforcer la protection des mineurs victimes, dans lequel pourrait s’inscrire ce nouveau fichier.