Plus de huit Français sur dix estiment que des sanctions devraient être prises à l'encontre des magistrats ayant eu à traiter l'affaire Lyhanna. Selon un sondage rendu public fin juin, 81 % des personnes interrogées se déclarent favorables à des mesures disciplinaires, un chiffre qui témoigne d'une défiance profonde envers l'institution judiciaire dans ce dossier.
L'enquête révèle que cette position est partagée dans des proportions comparables quelle que soit la sensibilit politic des répondants. Cette donnée tranche avec les clivages traditionnels qui fracturaient jusqu'alors le débat public sur l'autorité judiciaire.
Un dossier judiciaire marqué par des omissions
Le drame remonte au début du mois de juin. Lyhannaa, une fillette de six ans, est morte après avoir été battue par sa mère et le compagnon de celle-ci à Auch. Sa famille affirmait avoir déposé plusieurs plaintes, restées sans réponse. Le parquet d'Auch avait été saisi à plusieurs reprises sans qu'une mesure de protection ne soit prise.
Une inspection administrative a ensuite mis en évidence des pertes de temps et une absence de suivi. Le garde des Sceaux de l'époque, Gérald Darmanin, a reconnu publiquement un échec. Il a présenté des excuses à la famille, tout en annonçant des sanctions administratives à l'encontre de la magistrate responsable du parquet, ainsi que de deux gendarmes. Une procédure disciplinaire a également été ouverte à l'encontre d'une magistrate de Paris, saisie d'une plainte initiale.
Des tensions exacerbées
Cette affaire a cristallisé les tensions entre l'exécutif et la magistratur. Plusieurs centaines de juges et procureurs ont protesté contre ce qu'ils considèrent comme une mise en cause injuste de leur profession. Des rassemblements ont eu lieu devant des palais de justice. Des messages diffusés via WhatsApp témoignent d'une mobilisation spontanée pour dénoncer des sanctions jugées arbitraires.
Parallèlement, Gérald Darmanin a adressé un courrier manuscrit à l'ensemble des magistrats. Il y défendait leur indépendance tout en les appelant à respecter leurs obligations. Le chiffre du sondage pourrait renforcer la position du gouvernement, qui entend poursuivre une réforme de la justice axée sur la protection des mineurs, notamment via la création d'un fichier de surveillance des pédocriminels.
Des mesures déjà mises en œuvre
Depuis la mort de Lyhannaa, plusieurs initiatives ont été lancées. Plus de 70 00 plaintes impliquant des mineurs ont fait l'objet d'un ré examen systématique. Plus de 1 200 gardes à vue pour violences sur mineurs ont été enregistrées depuis juin. Le ministère de la Justice a également promis un ch numérique destiné à améliorer le suivi des procédures.
Le principal syndicat de magistrats a toutefois jugé cette revue des plaintes comme relevant davantage de la communication que d'une véritable réforme. Il appelle à des moyens supplémentaires et à une réflexion de fond sur les conditions de travail.
Le débat public reste donc ouvert, alors que les familles des victimes continuent de réclamer des comptes.